les 146 anciens élèves de Sainte-Marie morts pour la France, 1914-1918

 

 

 

Stéphane BALAS

 

 

BALAS_Ste_phane__fiche_MPLF

 

 

Stéphane Balas est né le 11 mars 1897 à Lyon. Il est mort le 15 juillet 1918 dans la Marne, à Venteuil (Bois du Roi), au nord-ouest d'Épernay.

 

 

fiche matricule de Stéphane Balas

 

BALAS Stéphane, fiche MPLF (1)

BALAS Stéphane, fiche MPLF (2)
fiche matricule de Stéphane Balas, né le 11 mars 1897

 

 

 

Sainte-Marie, Livre d'Or, 1914-1918

Quel nom plus et mieux connu, à l’Institution Sainte-Marie, que celui de ce jeune artilleur !

Fils de notre ancien condisciple, Jules Balas, il ne resta au collège que deux ans et termina ses études à Lyon, plus près de sa famille. Mais il laissa au collège un souvenir vivant. D’une nature droite, un peu timide, avec des dispositions d’artiste, il avait conquis de suite la sympathie de ses maîtres et de ses camarades. Aussi sa mort a-t-elle provoqué chez les uns et les autres d’unanimes regrets.

La vie du jeune soldat fut très simple ; il est mort sans avoir vu rejaillir sur lui ce rayonnement de gloire militaire, dû à quelque action d’éclat. Ils sont nombreux, certes, les héros de la grande guerre, qui ont vécu et sont morts «simplement», suivant toute la beauté et la grandeur de cette expression de sève toute chrétienne. Mais lui non plus ne fut pas une âme vulgaire. Il est facile de s’ne rendre compte lorsqu’on lit avec attention telle lettre d’ami, où se trouvent résumés les traits les plus saillants de cette physionomie sympathique.

Dans son petit groupe de jeunes soldats, unis par une étroite conformité de sentiments et d’éducation, Stéphane avait su se rendre populaire. Aimable popularité, elle était due à un certain laisser aller de non aloi, à sa franchise, à son esprit gaulois, volontiers en quête de mots spirituels, et surtout à son bon cœur… Il avait même quelque chose du mystique rêveur, lui qui s’était laissé prendre aux charmes de la Bretagne, en décembre 1916, au point de décider que c’était là, dans cette solitude, dans cette paix reposante de la vieille Armorique qu’il viendrait «couler ses vieux jours !» lui qui, au front comme à l’intérieur, aimait les longues nuits de garde, favorables aux réflexions de «mélancolie méditative».

Ce n’était point cependant un solitaire. Les charmes de l’amitié répondaient à la délicatesse de sa nature, et il les goûtait avec cette plénitude de sentiment qu’on rencontre dans les âmes restées jeunes. «Que d’heures bien douces, que de soirées inoubliables, nous avons passées, errant ensemble dans la forêt, raconte l’un de ses amis bien fait pour le comprendre ! Abrités dans la «cagna», nous parlions de tout, de nos familles, de l’externat, de notre chère cité, placée sous le regard tutélaire de Notre-Dame-de-Fourvière !...»

Est-il étonnant qu’avec de telles dispositions, il ait attiré l’attention de son aumônier ? Ce dernier désira même se l’adjoindre à son poste de secours. Stéphane eût été un si bon auxiliaire ! Le projet n’aboutit pas et notre cher soldat dut se contenter d’exercer - personnellement - l’apostolat de l’exemple. Bien vite, il sut se concilier l’estime et les sympathies de tous par sa simplicité pleine de bonhomie, par sa disposition charitable à mettre en commun tout ce qu’il recevait. Aussi devint-il bien vite l’âme de ce groupe, sur lequel il acquit la plus heureuse influence, morale et religieuse.

C’est après deux ans de front qu’il fut tué, le 15 juillet 1918, à sa position de pièce, au Bois du Roy, dans le combat de la Marne. Un éclat d’obus, tombé à proximité, lui trancha la carotide, et amena la mort instantanée. Il avait combattu toute la nuit, jusqu’au moment où l’ordre de se replier venait d’être donné à sa batterie. C’était exactement dix heures trente du matin.

Il est mort ainsi, simplement, comme il avait vécu. Pour lui le devoir avait toujours consisté en deux choses : ménager l’affection de tous les siens, en envoyant chaque semaine des nouvelles rassurantes, c’était le devoir du bon fils ; puis rester au poste du combat. Son éducation, son instruction auraient pu le désigner pour d’autres grades ou emplois moins périlleux. Plusieurs propositions lui furent faites en ce sens. Mas il les déclina les unes après les autres et tint obstinément à ne point quitter ses camarades de batterie.

Cette abnégation, il est facile de le comprendre, l’avait rendu sympathique. Aussi, nombreux furent les témoignages d’estime et d’affection donnés à sa famille par ses compagnons d’armes, à l’occasion de sa mort. Ils sont résumés avec une parfaite exactitude dans la lettre suivante de son lieutenant :

«Je tiens à vous assurer, Monsieur, que votre fils a été unanimement regretté à notre batterie et que ses chefs et ses camarades ont vu avec douleur disparaître ce bon soldat dévoué et courageux, cet affectueux compagnon qu’était Stéphane Balas, ravi à notre affection et à notre sympathie, le 15 juillet dernier.

Après avoir fait vaillamment son devoir, dans la nuit du 14 au 15, c’est au moment où la batterie se préparait à quitter la position qu’un éclat d’obus est venu l’atteindre. Si cette certitude peut vous être consolante, soyez assuré, Monsieur, que votre fils est tombé non seulement en brave, mais que son âme s’est, sans douleur, envolée de sa terrestre enveloppe pour retourner auprès de son Créateur.

Mon capitaine me charge de vous présenter ses regrets et ses sentiments de profondes condoléances. Lui et moi et tous ceux de la 2e batterie, partageons votre douleur».

Cet hommage, exprimé avec une sincérité évidente, est une belle oraison funèbre. Le courage et la vertu du «petit soldat» s’imposeront toujours à l’admiration.

Avait-il eu le pressentiment de sa mort prochaine ? On le croirait peut-être à lire les paroles suivantes, extraites de ses dernières lettres : «Nous traversons une période pénible et l’avenir paraît nous réserver des choses plus dures et des angoisses plus grandes. Mais il ne se peut pas que le Ciel permette que tant de sang versé, en un tel esprit de sacrifice, tant de jeunes vies et d’avenirs, donnés volontairement, ne parlent pas en notre faveur.

Il n’y a que la prière qui nous mette un peu de bien-être et de calme au fond du cœur, en ces jours de tristesse».

Quoi qu’il en soit de ses pressentiments, de semblables réflexions prouvent assez qu’il était prêt, lui aussi, à offrir son sacrifice. Il était bien de la génération des âmes droites. Les ancêtres qu’il pouvait saluer avec vénération dans la gloire  du ciel lui avaient transmis leur héritage de foi et de piété.

Generation rectorum benedicetur.

 

 

Stéphane Balas est mort à Venteuil (Marne) le 15 juillet 1918

 

Venteuil et le Bois du Roi, carte légendée
Stéphane Balas est mort au Bois du Roi (Venteuil, Marne) le 15 juillet 1918

 

Venteuil, juillet 1918 (1)
ruines de Venteuil après l'attaque du 14 juillet 1918

 

Venteuil, juillet 1918 (2)
ruines de Venteuil après l'attaque du 14 juillet 1918

 

Bois du Roi, aujourd'hui
le Bois du Roi au nord de Venteuil, aujourd'hui

 

 

 

- retour à l'accueil